dimanche 18 mars 2007

Acte 1, scène 1: revue sur les origines des Estrangin

... suite du prologue. La femme range son intérieur. Son mari entre.

- Et bien, tu sais, on est pas riche à présent. I reste plus une pièce à la maison avant qu'on ait vendu les olives.
+ Pourquoi ?
- Je suis allé payer les 60 sols de cens, tout ce qui nous restait dans le bas de laine, aux religieuses de Sainte Claire.
+ Elles prieront pour nous; il faut bien les faire vivre...
- Sûr, mais c'est pas ça qui nous permettra d'élever les enfants.
+ T'inquiètes pas. Ca ira.
- Ca ira, ça ira... En attendant c'est très beau d'avoir une douzaine d'enfants. Mais quand on veut les placer et les faire vivre, c'est guère commode.
+ Et tu crois que c'est plus commode de faire la soupe, de les nettoyer, de les habiler, de les soigner...
- Je dis pas. N'importe qu'on est bien malheureux. Sur ces mauvais cailloux on récolte presque rien... La Durance a encore emporté cette année un bon bout de terre... On ne peut plus aller vendre les légumes à Avignon parce que depuis que les Papes sont rentrés à Rome, la ville s'est dépeuplée.
Notre "Bon Roi René" lève encore de nouvelles taxes pour aller reconquérir son royaume de Naples - qui est bien perdu, je te le dis -. I peut pas le laisser tranquille ce royaume... Les bandes d'écorcheurs que le Roi Charles chasse de la France qu'il pacifie viennent se rattraper vers chez nous. Parait qu'il y en a dans le Lubéron; sûr que les gens du Comtat i vont i dire de venir par chez nous... La grande route ne rapporte rien... Elle est trop mauvaise... I passe rien... I passe que des mendiants qu'il faut secourir ou des soldats à loger... Ah, vois-tu si le monde continue à tourner comme ça je ne sais pas où l'on va...
+ Non mais alors. Tu vas pas te décourager, c'est pas chrétien ça. Et l'Espérance que Moussu lou Cura nous a préchée l'autre Dimanche.
- L'espérance, l'espérance. Mais on a tout de même le droit d'être inquiet pour ses enfants. seront-ils pas trop malheureux. seront-ils tous braves ?
+ Bien sûr qu'ils seront braves. Nos parents l'ont été. Nous avons tâché de l'être. Nous avons essayé de les élever de même... La Providence veillera sur eux.
- La Providence, la providence, on voit plus ce qu'elle laisse faire que ce qu'elle fait.
+ Oh mécréant. Et la Bonne Mère d'Orgon, tu vas pas en dire du mal ?
- Ah celle-là, je peux pas.
+ Et bien est-ce qu'on lui a pas confié nos enfants et puis encore tous ceux qui naîtront d'eux pendant des siècles, tu sais bien, la veille au soir de nos Noces quand on est monté faire la prière en haut de la colline à son sanctuaire. Et ce soir là le paysage était beau sur la Durance, la plaine et les Alpilles... Les Alpilles étaient toutes rosées et comme chargées d'espérance... Il est vrai qu'on s'aimait bien aussi, pas vrai ? Ce soir là la vie était belle, eh ?
- Ca c'est vrai.
+ Et bien, tâche un peu moyen de la voir toujours pareille. On a travaillé pour le paradis du Bon Dieu en ayant des enfants, beaucoup d'enfants pour y occuper des places vides et y chanter... Il peut pas, Lui, en remercement nous laisser tomber.
- Oh... (approbatif).

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